CONTRIBUTION                                             Faut-il réformer les communautés religieuses ?

CONTRIBUTION Faut-il réformer les communautés religieuses ?

En fait la forme de l’Islam sénégalais a été organisée et encadrée par le colonisateur français. En un moment donné il s’appelait l’Islam Bleu Blanc Rouge. Les premiers Gamous connus ont été, d’ailleurs, calqués sur la Nuit de la Nativité. C’est à dire Noël. La nuit du 24 au 25 décembre. L’islam sénégalais est calqué sur l’Eglise Catholique. Où toute la prière commune est basée sur l’imitation des actes de l’évêque ou de l’archevêque. Le Sénégal est le seul pays dans la communauté islamique (un milliard cinq cents millions de musulmans) où l’imam indique aux fidèles des prières- telle ou telle sourate tirée du Coran- qu’il demande de répéter un certain nombre de fois. Exactement comme le fait l’évêque fait avec la Bible. L’Islam a connu de petits groupes, de petites incursions venant du Nord du fleuve. C’est à dire du côté de la Mauritanie. Mais le paganisme restait majoritaire au-delà de quatre-vingt-quinze pourcent jusqu’en 1890. Autour de cent cinquante ans. C’est en cette période que Limamou Laye, accompagné de quelques-uns de ses fidèles, a détruit la pierre sacrée des païens qui s’appelait Mame Kantar, dans la bourgade de Mpal. C’était le lieu où tous les Sereres et d’autres ethnies amies passaient un mois de pèlerinage autour de cette pierre dont j’ai, d’ailleurs, une photo. C’est à partir de ce moment-là qu’une islamisation dirigée par des chefs locaux, fils du terroir, a commencé. Le premier était Elh Omar Foutihou Tall, né à Halwar et qui a développé sa mission dans la zone du fleuve Niger. Le Macina au Mali, le Fouta Djallon en Guinée. Plus tard au Nigeria à Sokoto où il épousa la fille du Patriarche, Roi et Évêque musulman Ousmane Dan Fodjo Dem, originaire du Fouta Toro. Plus tard il y a eu des ramifications de cette guerre sainte pour implanter l’Islam par des personnes que lui-même a désignées pour ce faire. C’est le cas de Mohamed Ba, à la bataille de Samba Sadio qui avait à ses côtés le père de Limamou Laye et Amary Ndack Seck, le Fondateur de Thieneba. Dans le Rip, au Saloum, c’était Maba Diakhou Ba. À ses côtés se battait, entre autres, mon propre grand père, Elh Abdoulaye Niasse dont mon père est l’aîné. Il y a eu du côté de Bakel Lamine Drame. On peut aller jusqu’à Ndiaye Manene qui a un peu guerroyé dans le sud de la Casamance et en Guinée Bissau. Les Lebous dont le territoire, Dakar, était presque indépendant, en tout cas auto[1]nome, ne subissaient pas le Code Fiscal Français sur certains côtés. On peut en dire de même de Nioro qui avait Code Fiscal spécial et qui demeure d’ailleurs. Ainsi la France a fait venir des Gouverneurs, depuis Faidherbe, qui avaient la particularité d’être des “Arabisants”. Formés en Algérie, ils faisaient leurs stages dans l’administration algérienne pour, ensuite, venir administrer le Sénégal. En ayant pour interlocuteurs les chefs musulmans ou sup[1]posés tels. Alors que pour les musulmans ils étaient de mauvais musulmans. C’était le cas de certains rois païens. L’administration française commet ainsi les cadis. Juges musulmans. Ils commençaient leurs jugements en citant Bleu Blanc Rouge sept fois et en conclusion c’était le plus souvent la Salatoul Fatiha. Le colonisateur français a aussi émis une monnaie où sur un côté la transcription était française et sur l’autre une transcription en arabe. Dans ses correspondances les papiers avaient une double en tête : Français à droite et Arabe à gauche. Ils écrivaient, ainsi, en Arabe( langue officielle avec le Français) aux Tanor Gogne et autres. C’est-à-dire à ceux qui nous gouvernaient dans leurs petits royaumes. Une chose unique et qui n’existe dans aucun pays musulman : la charge islamique est héréditaire au Sénégal. Elle se transmet de pères en fils. Si certains pères ont assuré à leurs fils une formation valable, au niveau de la troisième génération ont surgi des petits fils totalement ignares. Ignorant tout de l’Islam. Ne mémorisant pas le Coran. Ils ne connaissent ni les textes de la Charia, ni les nuances de la Loi islamique. Mais ils sont les seuls à pouvoir porter le titre de Khalife. C’est à dire de successeurs dans leurs groupes, pour ne pas dire dans leurs confréries. À cause de l’existence de groupes non confrériques. Notamment les Serignes gouvernants. Comme les Serigne Louga, Serigne Gnomre…..Mais le pire est arrivé avec le droit des Khalifes, et des Khalifes seuls, de nommer un imam d’une mosquée quelconque et aussi un oustaz remplaçant le Cadi “français”. L’imam remplaçant le Cheikh ancestral. Cela permettait ainsi au colonisateur français d’exclure des marabouts avec qui il n’était pas en odeur de sainteté du Palais du Gouverneur de St Louis et plus tard de celui de Dakar. Depuis Senghor et Lamine Gueye la manière de faire a fait son chemin. Ainsi Abdou Diouf s’est trouvé obligé d’aller s’agenouiller dans des capitales dites religieuses ou saintes. Y compris chez moi[1]même. La photo est là. Et Abdou Diouf a transmis le flambeau à Wade qui l’a refilé à Macky qui y consacre la moitié de son temps ou à des choses considérées comme telles. Le contenu unique de toutes ses conversations avec les chefs religieux se résume à ceci: “Faites que les gens votent pour moi”. Quelques fois la formule change en ” Priez pour que les gens votent pour moi”. Ils sont devenus des centres d’intérêt. L’État finance toutes les communautés religieuses. Sans exception. Cela commence par les petits groupes où le Khalife reçoit annuellement l’équivalent d’un million d’euros. Pour deux ou trois groupes considérés comme les plus grands cela peut aller jusqu’à dix millions d’euros et plus par ans. Évidemment ces sommes sont prélevées des Fonds Politiques alloués au Président de la République. Cependant l’Islam, jadis Bleu Blanc Rouge, a revêtu un caractère média[1]tique. Parce que même pour la rubrique Sport le chroniqueur est obligé de se flanquer d’un oustaz. Ce mot signifie professeur en Arabe. Terme que l’Arabe a emprunté au Persan. C’était un titre qu’on attribuait aux ministres du temps des Shahs perses. Ces oustaz et les imams nommés par la progéniture constituent un certain pouvoir qui fonctionne avec la bénédiction de l’État. Et de son Chef en premier. Si un Khalife Général ou un Chef Religieux disparaît, il laisse derrière lui une progéniture souvent constituée par plusieurs dizaines de personnes (filles et garçons). Du coup ils s’organisent en camps adverses. Se regardent en chiens de faïence. Cela peut expliquer parfois les dis[1]putes et les crêpages de chignons. Parce qu’il s’agit bien de filles, quelques fois, appuyant tel ou tel camp. Qui parle de pro[1]génitures multiples se disputant la succession du défunt pater évoque des souvenirs que nous connaissons à travers l’histoire dans les grands royaumes. Romain, Persan, Ethiopien, Chinois, même Japonais. Il y a un besoin réel de réformer la religion musulmane sénégalaise pour qu’elle adopte des traits citoyens.

                                                                                                                     DOCTEUR AHMED KHALIFA NIASSE

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