CHARTE DE LA NON-VIOLENCE              Une complicité ou une utopie qui révolte l’opposition

CHARTE DE LA NON-VIOLENCE Une complicité ou une utopie qui révolte l’opposition

L’opposition radicale refuse de signer la charte de la non-violence qui a été proposée par des responsables religieux pour inciter les acteurs politiques à apaiser le climat. Cette charte qui semble être une «utopie ou un piège » pour la coalition Yewwi Askan Wi n’est pas vue d’un bon œil par ses détracteurs qui ont reproché à une certaine partie de la Société Civile de faire dans l’omerta quand le Président Macky Sall malmène l’opposition.

PAR NICOLAS DIOUF C’est désormais clair, les leaders de la coalition Yewwi Askan Wi ne vont pas signer la charte de la non-violence. Après l’annonce d’Ousmane Sonko leader du parti Les Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail et la Fraternité (Pastef) qui lors du meeting d’investiture des 19 candidats de la coalition YAW pour le département de Dakar, a exprimé son opposition radicale à cette initiative, les analystes et autres acteurs politiques se sont prononcés sur le sujet. Certes dans le principe la signature d’une telle charte est d’une importance capitale, mais il se trouve que quel que soit le contenu du document, la Constitution sénégalaise reste au-dessus de tout. Et le respect de cette Constitution est garant des libertés collectives et individuelles. Cette charte initiée par des responsables religieux est une bonne chose mais il est encore mieux qu’ils demandent au chef de l’Etat garant de la Constitution de respecter et de faire respecter la loi. Pour Maodo Faye journaliste à la radio sud fm la meilleur manière de séparer deux belligérants est d’exiger l’arrêt des attaques pour qu’il n’y ait plus de ripostes au cas contraire on devient complice. Donc la position de YAW, poursuit-il, est tout à fait légitime et est recommandée par Dieu dans le coran. Pour Bakary Domingo Mané le refus de signer la charte de la non-violence n’est pas anodin puisque Ousmane Sonko a sou[1]levé des questions légitimes qu’on devrait éradiquer en s’attaquant à la racine du mal. «Pour une démarche sincère, il faut situer les responsabilités. Et par là, on peut comprendre la position de l’opposition qui ne veut pas être prisonnier d’une charte surtout qu’elle n’est pas l’initiateur de la violence» soutient le journaliste politique.

UNE SÉRIE DE RÉPRESSIONS CONTRE L’OPPOSANT

Quand le chef de l’Etat et chef du parti Alliance pour la République(APR) déclarait qu’il allait réduire l’opposition à sa plus simple expression, personne n’avait levé le plus petit doigt pour lui rappeler les principes de la démocratie qui sont des acquis obtenus de hautes luttes. Joignant l’acte à la parole, c’est ainsi que sur l’affaire de la Caisse d’avance de Dakar, Macky a utilisé la justice sans gêne comme arme pour faire écarter un concurrent en l’occurrence Khalifa Sall. Avant, lui la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) lui a permis de solder ses comptes avec le fils de son prédécesseur, Karim Wade, qu’il a exilé et fait courber l’échine aux autres cadors du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) qui ont été contraints de transhumer en masse vers les prairies des marrons et beiges en vue d’échapper à dame Justice. Les contempteurs de cette initiative rappellent que ce sont ces mêmes religieux qui ont été aphones lorsqu’au mois de février on accusait le leader de PASTEF de viol dont le procès verbal ayant fuité avait clairement montré une démarche machiavélique d’une liquidation politique d’un adversaire, sont subitement sortis du bois pour prendre fait et cause pour le régime qui semble être en mauvaise posture. Cette nouvelle démarche, il faut le dire, est différente de celle du khalife général des Mourides qui était intervenu à temps pour éviter que le Sénégal ne connaisse le même sort que la Guinée Conakry et le Mali. D’ailleurs lors du Magal et du Gamou 2021, respectivement le Khalife de Bamba et le Khalife des Niassènes, ont réitéré cet appel à l’endroit de la classe politique afin qu’elle cultive la paix et assure la stabilité du Sénégal qui est quasiment sous la responsabilité du Chef de l’Etat. Malheureusement après l’accalmie qui a suivi les évènements de mars, le régime accompagné de nervis a violenté des habitants du Fouta dont le seul tort était de lancer un cri de cœur pour une amélioration de leurs conditions de vie. Arborant des brassards rouges, ils ont été pourchassés et violentés par des nervis qui accompagnaient le cortège présidentiel au vu et au su de tout le monde.

MAHMOUT SALEH ET LA SORTIE DE TROP

 A cela s’ajoute la sortie calamiteuse du Directeur de Cabinet du Président de la République à Mbour à la veille des dépôts des listes pour les élections locales. Pour Mahmout Saleh, il fallait enterrer l’opposition dite radicale que symbolise la coalition YAW. Coïncidence ou pur hasard, sur la validité des listes déposées, on constate un rejet massif des listes de la coalition YAW par des pré[1]fets et des sous-préfets qui sont soupçonnés d’être le bras armé du Ministre de l’Intérieur. Malgré le fait que 70% des listes ont été rétablies par les Cours d’Appel saisies, l’Administration Territoriale s’est permis de saisir à son tour le Conseil Constitutionnel. Du coup, elle devient partie prenante alors que son rôle devrait constituer à faciliter la tenue du scrutin et dissiper tout soupçon de parti pris. Très en verve, El Malick Ndiaye chargé de la commission communication du Pastef, peste dans sa page Facebook « quand Macky casse l’opposition, la vie continue comme si de rien n’était et quand Macky est mal en point, les initiatives de dialogue et de non-violence fusent de partout». Ainsi il vient emboîter le pas à son mentor qui a soutenu qu’ils peuvent accepter d’être calomniés et insultés mais ils n’accepteront pas d’être violentés physique[1]ment et si tel devait être le cas, ils répondront coup pour coup. Face à tous ces actes qui ont été posés par le camp du pouvoir, nombreux sont ceux qui ont été aphones même avec l’arrestation de Barthélemy Dias qui faisait un «dox Mbok» alors que paradoxalement le candidat de la majorité (Abdoulaye Diouf Sarr de BBY) avait fait une caravane à Dakar sans être inquiété. Avant cette énième forfaiture, l’arrestation de Malick Gackou, Ousmane Sonko et Barthélemy Dias le 10 novembre dernier lors de la convocation par la Cour d’Appel de Dakar du maire de Sacré Cœur- Mermoz sur l’affaire dite de l’attaque de la mairie par des nervis dont l’un d’eux répondant au nom de Ndiaga Diouf avait perdu la vie, n’avait suscité aucune condamnation. Pour faire face à cette série de tracasseries et de brimades qu’a subi l’opposition, les leaders ont fini par opter pour la loi du talion: œil pour œil, dent pour dent. Or, une telle riposte pourrait bien conduire le Sénégal dans l’impasse, surtout que la popularité du Président de la République s’est effritée et qu’il ne peut plus compter que sur des forces de sécurité et de défense et des nervis, comme ce fut le cas dans un passé récent. Une charte initiée par des responsables est une bonne chose, mais le respect strict de la Constitution et des règles de la démocratie est encore meilleur. L’un des membres du Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal (CUDIS) interrogé, n’a pas voulu répondre car dit-il, l’association n’a pas encore donné sa position. Or, la signature d’une charte n’a aucune valeur juridique. D’ailleurs cette classe politique qui n’est pas en mesure de respecter les gages donnés aux Khalifes généraux ne fera qu’un torchon de la charte de la non-violence. A l’état actuel où une partie des sénégalais est quasiment épargnée de la glaive de Dame Justice pendant qu’une autre partie a le sentiment d’être persécuté, on dirait le pouvoir du roi Ponce Pilate face aux apôtres où à la moindre occasion il faisait croupir ces derniers en prison.

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