AFFECTATION DU JUGE SOULEYMANE TELIKO À TAMBACOUNDA                       L’exil d’un insoumis !

AFFECTATION DU JUGE SOULEYMANE TELIKO À TAMBACOUNDA L’exil d’un insoumis !

Le juge Souleymane Teliko qui officiait jusqu’ici à la Cour d’Appel de Thiès fait partie des magistrats concernés par le grand chamboulement opéré dans la justice. L’ancien président de l’Union des Magistrats du Sénégal(UMS) a été affecté à la Cour d’Appel de Tambacounda qui n’est pas encore fonctionnelle. Une telle mutation ne constitue-t-elle pas une sanction pour le concerné vu les relations heurtées qu’il entretenait avec l’Exécutif ?

PAR NICOLAS DIOUF

 Le juge Téliko est-il en train de payer sa liberté de ton et d’action ? Vu son parcours d’insoumis, il fait partie des fonctionnaires indépendants qui arrachent leur liberté conformément à la loi. Ce lundi, lors du jeu de la chaise musicale, il a été affecté à la Cour d’Appel de Tambacounda qui n’est jusque-là pas fonctionnelle. Somme toute, cette affectation est synonyme d’une sanction de l’Exécutif contre sa personne surtout qu’il était le symbole des magistrats rebelles qui ont entamé un bras de fer pour dire non à la tentative de vassalisation du pouvoir judiciaire. Durant la réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature qui s’est tenu au Palais de la République, le magistrat insoumis a signifié au Garde des Sceaux –Ministre de la Justice Malick Sall que cette affectation est une sanction et conformément aux textes, il n’a commis aucune faute pour mériter un tel sort. Mais, poursuit-il comme l’a annoncé nos confrères du journal Les Echos, que Dieu est le meilleur juge et qu’il continuera de faire son travail. D’ailleurs allant dans le même sens que son collègue, l’ancien Procureur de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI), Alioune Ndao, a ouvertement soutenu que cette mutation n’est ni plus ni moins qu’une sanction car c’est un magistrat aussi chevronné qui est toujours resté droit dans ses bottes et que la cour d’appel de Tamba n’est pas encore fonctionnelle. Et c’est le même constat du professeur Ngouda Mboup pour qui on ne doit pas affecter un magistrat contre son gré. Avec cette mutation, le Chef de l’Etat semble avoir pris sa revanche contre le magistrat intraitable. Lorsque le nouveau bureau de l’Union des Magistrats du Sénégal (UMS) a été reçu par le Président de la République, ce dernier leur a confié que les rai[1]sons pour lesquelles le Conseil supérieur de la magistrature qui doit se tenir deux fois par année n’a pas été réuni, c’est tout simplement du fait qu’une grande partie des magistrats était contre sa personne. Cette révélation faite par le journaliste d’investigation Pape Alé Niang, montre à quel point les relations entre une partie des magistrats et le pouvoir exécutif ont été heurtées.

CHRONIQUE DE L’AVÈNEMENT D’UN «GUERRIER» AU SEIN DE LA MAGISTRATURE

Tout a démarré en 2017 lorsque Souleymane Teliko membre du bureau de l’Union des Magistrats du Sénégal avait dénoncé les consultations à domicile faites «d’une manière abusive» par le ministre de la justice d’alors, Sidiki Kaba. Pour avoir dit non à un tel procédé, le juge Teliko, conseiller à la Cour d’appel de Thiès, allait être traduit par le Garde des sceaux d’alors qui lui reprochait d’avoir violé ses obligations déontologiques. Dans ce mail qu’avait envoyé le juge à ses collègues, on pouvait lire ceci: «je tiens à préciser que je n’ai pas manqué de souligner dans mes observations que le recours à la consultation à domicile ne me paraît pas justifiable et ce, pour une raison simple : cette procédure ne peut être utilisée qu’en cas d’urgence. Or, dans le projet qui nous a été soumis, il n’a été fait mention d’aucun élément de nature à caractériser cette urgence. Je suis au regret de constater qu’en dépit de toutes les protestations, la carrière des magistrats continue à être gérée avec beaucoup de désinvolture. Apparemment, il faudra plus que de simples rejets motivés des membres élus pour remédier à cette situation. A mon avis, la situation est suffisamment préoccupante pour justifier la tenue d’une assemblée générale de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS) afin que des pistes de solutions puissent être envisagées » avait-il écrit à ses collègues. Après avoir été au courant d’un tel mail, Sidiki Kaba était dans tous ses états et voulait faire muter le magistrat. Malheureusement, il n’y arrivera pas puisque le magistrat bénéficiait du privilège de l’inamovibilité. Ce fut un bras de fer entre les deux hommes. Disant tout haut ce que ses collègues rouspétaient dans les couloirs, le juge Souleymane Teliko sera élu président par ses collègues lors de l’assemblée générale de l’Union des magistrats. Après cette élection, craignant que le bras de fer se poursuive entre Sidiki Kaba et le président de l’UMS, Macky Sall va muter Sidiki Kaba au Ministère des Forces Armées. Durant ces deux mandats, Teliko a démontré qu’il était un insoumis et a tenu tête au pouvoir Exécutif. L’actuel Ministre de la Justice qui avait succédé à Sidiki lui en voudra. D’ailleurs, il tentera de le livrer au journaliste Madiambal Diagne sur une affaire de viol sur mineure sur lequel le journaliste proche du pouvoir aurait été cité. Pendant longtemps, le juge Teliko a dénoncé l’immixtion de l’exécutif sur le judiciaire comme ce fut le cas du juge Ngor Diop.

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